Des sages-femmes se sont réunies de part et d’autre de la province, dimanche dernier, pour faire entendre leur mécontentement contre le projet de loi 15. Elles sont plusieurs à craindre que ce projet mette en jeu leur autonomie et qu’il brime les droits fondamentaux des femmes souhaitant accoucher en maison de naissance. Sarah Thiboutot, une femme ayant accouché à l’aide d’une sage-femme, a du mal comprendre les raisons qui justifient cette réforme.
Tout comme le Regroupement des sages-femmes du Québec, Sarah Thiboutot pense que cette perte d’autonomie des pratiquantes aura des effets néfastes sur les droits des femmes qui souhaiteraient accoucher en maison de naissance.
Dans le contexte de la création de l’agence Santé Québec du ministre de la Santé Christian Dubé, le projet de loi 15 prévoit abolir le rôle de responsable des services de sage-femme, lequel deviendrait un directeur médical.
De plus, le Conseil des sages-femmes sera aboli et remplacé par la fusion avec le Conseil des médecins, des dentistes, des pharmaciens et des sages-femmes. Dans ce contexte, les sages-femmes sont minoritaires.
En cas de plainte, ce sera un médecin qui l’évaluera. « J’ai vraiment de la misère à imaginer que des parents se plaignent à la suite d’une expérience en maison de naissance », affirme-Sarah Thiboutot.
Des idéologies contradictoires
La jeune mère de 28 ans pense que ce sont deux idéologies qui se contredisent. Les médecins se basent sur le postulat de la gestion du risque, tandis que les sages-femmes évaluent chaque situation en prenant en considération que chaque situation est unique.
Elle soulève qu’en ce qui concerne l’accouchement et la grossesse, les médecins et les sages-femmes n’ont pas la même vision de base. « Pour les sages-femmes, la maternité est un processus normal qui appartient aux femmes et aux personnes enceintes », estime-t-elle.
Sarah Thiboutot a vécu deux expériences d’accouchement. Son premier s’est produit dans un hôpital et le deuxième en maison de naissance. « En maison de naissance, c’était moi qui étais au centre de tout alors qu’à l’hôpital, mon expérience a été très procédurale, très froide », fait-elle remarquer.
Elle a jugé pertinent de souligner que les sages-femmes évaluent toujours les grossesses à leur début. Si l’accouchement est à risque, elles ne vont pas le prendre. « C’est super bien organisé, je ne comprends même pas pourquoi le médecin devrait intervenir là-dedans », soulève-t-elle.
« Pour utiliser un terme qui est en vogue, l’expérience avec une sage-femme est empowering, alors qu’au centre-hospitalier, j’étais plus dans l’incompréhension de ce qui se produisait » dit-elle.
En tant que femme ayant bénéficié d’un accouchement accompagné par une sage-femme, Sarah Thiboutot « a l’impression que cette réforme se cache sous le chapeau de la collaboration, mais qu’en réalité, c’est pour donner plus de pouvoir aux médecins ».
Le cabinet du ministre de la Santé a assuré dimanche matin reconnaitre l’expertise des sages-femmes. Christian Dubé « ne souhaite en aucun cas compromettre leur autonomie professionnelle ».
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