Par Gala Belén Dionne et Alexandre Gilbert
Dans les dernières décennies, l’automédication à l’aide de substances alternatives à des fins thérapeutiques a gagné en popularité au Canada. Nous sommes allés à la rencontre du docteur Maxime Bourgault, psychologue dans une clinique montréalaise de thérapie assistée par substances psychédéliques et de Dimitri Roy, usager de microdoses de psilocybine. Deux témoignages, deux points de vue.
Alors que la littérature scientifique ne parvient pas à démontrer une différence de résultats notables entre les effets thérapeutiques du microdosage de psychédéliques et de placebos, les effets du macrodosage sont quant à eux bien observables. Ces dosages élevés, qui dépendent de la nature de la substance, ne sont cependant pas sans risque.
Selon le Dr Maxim Bourgault, il est nécessaire que les séances de thérapie assistée par des substances psychédéliques, soient encadrées par des professionnel(le)s. À la clinique Mindspace par exemple, toutes les thérapies sont précédées par des rencontres afin de s’assurer que cette dernière répond aux besoins du patient. À ce sujet, M. Bourgault ajoute que la loi canadienne encadre l’utilisation de ces substances de manière très stricte. Cela dit, depuis le 5 janvier 2022, le gouvernement fédéral canadien a modifié certaines sections de la loi, facilitant ainsi l’accès aux substances de psilocybine et de MDMA à des fins thérapeutiques. Par le biais du Programme d’accès spécial de Santé Canada, les médecins peuvent désormais demander l’accès à ces substances pour les traitements d’urgence des patients.
Quant aux séances, elles peuvent durer jusqu’à huit heures. Elles sont supervisées à la fois par un.e thérapeute et un.e infirmier.e afin d’assurer un contexte sécuritaire pour le patient. « D’abord, il faut établir le bon mindset », explique M. Bourgault. La thérapie débute par une période de préparation afin de permettre au patient de se préparer à entamer le travail d’introspection, de définir les intentions de sa séance, de faire des exercices de respiration, etc.
L’étape suivante, que le psychologue appelle le « voyage », constitue l’étape la plus longue de la séance. Elle débute dès l’absorption de la dose de psychédélique et se termine trois à quatre heures plus tard lorsque les effets se dissipent. La séance se conclut par une discussion sur l’expérience vécue. Selon le Dr Bourgault, c’est l’étape cruciale de la thérapie, car elle permet au patient de faire des prises de conscience sur lui-même et de cheminer dans son processus de guérison.
En raison de la difficulté à se procurer de telles substances, et ce, même à des fins de recherche, les données scientifiques relatives à leur potentiel curatif demeurent limitées. Son expérience en tant que professionnel rend cependant M. Bourgault optimiste quant aux bénéfices que l’utilisation des substances psychédéliques peut apporter à la thérapie.
Le microdosage de la psilocybine
Dimitri Roy, un artiste peintre, a commencé la consommation de psilocybine afin d’instrumentaliser son expérience comme source d’inspiration artistique. Ce sont d’abord les motivations thérapeutiques qui l’ont poussé à effectuer une recherche personnelle dans le but de « guérir son esprit » sans avoir recours à la médication pharmaceutique traditionnelle.

Selon Dimitri Roy, la microdose de la psilocybine a le potentiel de traiter le TDA(H) , l’anxiété ainsi que la dépression. Photo : Alexandre Gilbert.
Malgré l’absence d’un barème officiel pour quantifier les dosages, Dimitri Roy estime qu’une microdose correspond à une quantité inférieure à 0,36 g. Mais le Dr Maxime Bourgault considère quant à lui qu’une microdose doit être inférieure à 0,2 g.
Pour M. Roy, l’utilisation de psilocybine se caractérise par une automédication en cycles 3-2-2-3. Cela consiste à consommer une microdose pendant trois jours consécutifs, de faire une pause de deux jours, de microdoser deux autres jours et, finalement, de faire une seconde pause de trois jours.
Il pense que le Canada gagnerait à légaliser les substances hallucinogènes, en particulier pour l’usage thérapeutique. Selon lui, la psilocybine consommée en microdose a les mêmes effets qu’un antidépresseur et un stimulant.
En ce sens, M. Roy serait en faveur d’un élargissement des thérapies assistées qui recourent aux psychédéliques. Il nous a d’ailleurs mentionné que des chercheurs issus de la firme Numinus Bioscience situés à Vancouver ont effectivement créé le premier produit naturel à base de champignons psilocybes qui a été accepté par Santé Canada.

Dimitri Roy ne loue pas une confiance aveugle envers la nature et ses substances, mais encourage plutôt les gens à rétablir un rapport avec leur environnement, « dans un esprit de reconnexion avec la nature pour ultimement se reconnecter à nous-même». Photo : Alexandre Gilbert.
En ce qui concerne les dangers potentiels du microdosage, Dimitri Roy pense que le problème ne réside pas dans la substance elle-même, mais plutôt dans son usage.
« Nous vivons dans une société qui est très abusive et qui encourage beaucoup la surconsommation de drogues, notamment. Si c’est légalisé, il devrait y avoir un contrôle beaucoup plus étroit que celui qu’il y a avec le cannabis. La psilocybine est une substance psychoactive, il faut donc être prudent avec le dosage. »
Toujours selon lui, afin d’éviter les psychoses ou les « mauvais voyages » (bad trips), il est impératif de consommer intelligemment et surtout, avec la bonne intention. Il souligne également qu’avant toute chose, il est primordial de savoir pourquoi l’on consomme.
L’approvisionnement, un jeu d’enfant?
En présence de Dimitri, nous avons fait le test. En quelques clics, il est très facile de commander de la psilocybine en microdose tout comme en macrodose. Le site web par lequel il passe, en Colombie-Britannique, ne demande qu’une authentification en téléversant l’image d’une pièce d’identité. Tout porterait à croire qu’il serait relativement simple pour des mineurs de commander des champignons magiques en ayant accès à une photo d’une pièce d’identité de leurs parents.

Les sites de vente en ligne offrent un inventaire varié de produits contenant de la psilocybine tels que des champignons déshydratés, des capsules, et des chocolats. Photo : Alexandre Gilbert
De plus, contrairement à la commande de cannabis à la Société québécoise du cannabis (SQDC), l’achat en ligne d’hallucinogènes ne requiert pas la présentation d’une pièce d’identité à la réception.

Laisser un commentaire