Deux aspects ont caractérisé la première semaine de Javier Gerardo Milei en tant que président élu en Argentine: la modération de ses propositions par rapport à celles faites pendant la campagne et les hésitations pour définir l’équipe qui l’accompagnera. Son attitude ne reflète qu’une seule vertu, le pragmatisme.
Coïncidence lourde de sens : Javier Mileil entrera en fonction le 10 décembre prochain, précisément 40 ans après la fin d’une impitoyable dictature qui aurait causé la disparition de 30 000 personnes en Argentine, de 1976 à 1983. Cependant, celui que les Argentins surnomment « el Loco [Le Fou] » a même relativisé les crimes contre l’humanité commis pendant cette période pendant sa campagne électorale.
Le 19 novembre dernier, le président dès lors élu a constaté que son alliance avec l’ex- président de centre droite Mauricio Macri lui a été favorable et que sa victoire à 55,7 % des voix n’a fait qu’accentuer sa confiance démesurée.
Cependant, dans les derniers jours, l’excentrique Javier Mileil semble avoir appris la modération concernant ses propos, mais n’a pas laissé tomber le pragmatisme.
Selon ce constat, le président argentin élu a bien vu que la réalité était différente de ce qu’il avait imaginé et qu’il était préférable de modifier ses positions préconçues.
Ainsi, en ce qui concerne la gouvernance de la banque centrale, Javier Mileil n’a pas hésité à remplacer Emilio Ocampo par Luis Caputo. Le gourou de la dollarisation Emilio Ocampo a quitté son poste dès que le nom de Nicolás Dujovne, un ex-ministre du gouvernement de Macri a circulé comme potentiel ministre de l’Économie.
Cela a entraîné le départ précipité de Carolina Píparo de l’Administration nationale de la sécurité sociale, qui a permis l’entrée d’Osvaldo Giordano, ancien secrétaire des Finances du gouverneur, clairement en lien avec l’appui des députés que cet ancien candidat péroniste pourrait lui apporter.
Cette ébauche de cabinet s’apparente au jeu de la chaise musicale et tous ces zigzags sont dus à une préparation nettement insuffisante. Selon ce point de vue, les actions de Milei ressemblent drôlement à de l’improvisation. Ironiquement, cette spontanéité se réalise dans son domaine, l’économie.
Une liberté bordélique
L’anarcho-capitaliste dont le mantra est « Vive la liberté, bordel ! » n’avait-il pas un plan préétabli ? Seulement neuf jours se sont écoulés depuis le second tour des élections présidentielles et Milei donne l’impression d’avoir traversé sa première crise de cabinet sans même être entré en fonction.
Ses premiers pas révèlent d’une tendance au désordre qui pourrait être extrêmement nuisible si elle devient la norme de son mandat.
Son parti compte seulement 38 députés sur les 257 sièges de la Chambre basse et 7 sur 72 au Sénat. Il est donc probable qu’il doive gouverner par décrets. Les partisans de Milei, insatisfaits du péronisme, voient en lui un exutoire, mais ils risquent d’être déçus, car des attentes élevées impliquent inévitablement des déceptions.
Surtout parce que jusqu’à présent, il n’a eu qu’à gérer des questions internes. Très bientôt, dans moins de 15 jours, il devra entrer sur le terrain pour traiter les enjeux colossaux qui hantent les Argentins. Et là, les adversaires seront difficiles et nombreux. Il devra faire face à l’inflation et à la pauvreté, aux manifestants, à la société civile, à l’opposition, aux syndicalistes, aux banquiers, aux chefs d’entreprise, et à une longue liste d’autres encore. Il n’aura plus le droit à l’erreur.

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