Par Gala Belén Dionne, Stéphanie Grimard et Samuel Kroft
Parmi les instruments de musique, l’orgue se taille une place à part. Longtemps surnommé «l’instrument des instruments», il est l’un des plus anciens modes d’expression musicale et se démarque par toutes les possibilités qu’il recèle. Qu’en est-il des orgues au Québec? Leur accorde-t-on l’importance qu’ils méritent? À quoi ressemble leur avenir, et celui des organistes?
L’orgue est l’un des plus anciens instruments qui n’ait jamais existé. Du grec « organon », le mot signifiait à la base et entre autres tout simplement « instrument de musique ». C’est dire à quel point on peut le considérer comme « l’instrument des instruments ». Pour celui qui en joue, c’est un monde infini de possibilités qui s’offre à lui. Sa mécanique est cependant fort complexe, et l’entretien de ces géants implique une quantité de fonds et de ressources excessivement importante. Dans le contexte toujours plus laïcisé du Québec moderne, est-il encore justifié d’investir pour les conserver?
L’orgue, au fil des époques
Une relève rare
Rémi Vézina est le seul et unique finissant du Conservatoire de Québec en orgue. Il nous a parlé de son expérience comme organiste et de sa vision de l’instrument, dans le contexte d’une relève qui se fait de plus en plus rare dans son milieu.
Pour Richard Paré, professeur d’orgue à l’Université Laval, organiste en résidence au Palais Montcalm et titulaire de l’orgue de l’église Saints-Martyrs-canadiens, l’avenir n’est pas nécessairement bloqué. Même si le choix de cet instrument par les étudiants se fait toujours de plus en plus rare (de 25 dans les années 80, on est passé à un seul étudiant qui a choisi l’orgue comme instrument principal à la faculté de musique de l’Université Laval), ceux qui empruntent cette voie arrivent à tirer leur épingle du jeu. M. Paré considère toutefois qu’il faudra faire preuve de créativité et d’imagination pour mettre en place des initiatives qui permettront aux jeunes organistes de s’épanouir professionnellement (au-delà de la possibilité d’être organiste dans un église ou encore professeur).
Écoutez ici Richard Paré à l’oeuvre dans l’interprétation de la pièce «Placare Christe servulis» de Marcel Dupré, joué sur le grand orgue de l’église Saint-Martyrs-canadiens (le plus grand orgue d’église de la ville de Québec, un Casavant datant des années 60).
Les facteurs d’orgues: un métier méconnu
Le Québec a une tradition presque inégalée dans le monde en matière de fabrication d’orgues. Il suffit d’évoquer le nom Casavant pour susciter une fierté tout à fait justifiée. Mais cette expertise est surtout mise au service d’orgues à l’extérieur de la province (aux États-Unis et en Europe surtout). Les acteurs du milieu insistent sur l’importance d’avoir des projets de restauration ici, pour profiter de ce savoir-faire québécois.
Car il n’y a pas que Casavant Frères qui œuvre dans le milieu de la fabrication et de la restauration des orgues. Les Ateliers Bellavance est un autre facteur d’orgues, plus petit, mais tout aussi investi. Jean-Félix Bellavance nous explique que malheureusement, comme tout ce qui a trait à la religion depuis quelques décennies, l’orgue tend à être délaissé et ne fait plus partie des priorités et des préoccupations de la société. « Il devient un mal-aimé».
Il souligne également le fait que, en tant qu’objets religieux, les orgues ne peuvent recevoir de financement pour leur restauration que via le Conseil du patrimoine religieux, et ne peuvent donc pas bénéficier d’aucune autre source publique de soutien financier.
Le travail des facteurs et des restaurateurs est complexe et délicat. Le temps et l’argent nécessaires à leurs tâches varient énormément d’un instrument à l’autre, mais M. Bellavance fait remarquer que les pièces avec du cuir sont celles qui nécessitent le plus de travail, car elles se dégradent plus vite que les autres éléments.
La restauration des orgues patrimoniaux
Depuis 2013, un programme de subvention pour la restauration d’orgues classés « patrimoniaux » a permis de sauver une quarantaine d’instruments. Plusieurs facteurs sont sollicités pour choisir les orgues dont on finance la restauration: son âge, son caractère unique et exceptionnel, le fait qu’il représente particulièrement bien une époque spécifique, son utilisation éventuelle après la restauration, etc. Les coûts associés à ces restaurations sont considérables: cela peut varier entre 300 000 et 500 000 $, et même aller jusqu’à dépasser le million dans certains cas. Le ministère de la Culture et des Communications finance en entier le programme. Pour Cameron Piper, responsable du programme de subvention au Conseil du patrimoine religieux du Québec, ces investissements sont tout à fait justifiés: « Au Québec, on ne peut pas valoriser, conserver ou promouvoir le patrimoine religieux sans inclure les orgues. C’est une des composantes essentielles de notre héritage ».
Du jazz dans les tuyaux
L’orgue s’est métamorphosé au fil des époques et des styles musicaux. Les organistes en font maintenant différents usages. C’est le cas d’Olivier Madore-Millette, un organiste de formation. Il gagne sa vie en jouant de l’orgue jazz. Il organise même des spectacles de jazz dans les églises, en jouant sur des orgues à tuyaux d’antan.
Certains parlent de l’orgue comme étant le « grand-père du synthétiseur ». Son influence sur l’évolution de la musique au fil des siècles est indéniable. Il reste beaucoup à faire pour s’assurer d’éveiller et de maintenir l’intérêt pour ce grand instrument, afin qu’il puisse continuer de nous émerveiller encore longtemps.
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